LE STREET ART SECOUE SES PUCES

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C’est au marché aux Puces de Marseille qu’une galerie de street art a posé ses couleurs. Après le Cours Julien, le Panier et la Friche de la Belle de Mai, Marseille a donc désormais un nouveau spot. Une exposition est en cours jusqu’au 30 août prochain…
À LA GRIBOUILLE… MARINA MÉLOUA

«dsc00254 Notre désir était d’ouvrir ce quartier à la culture », affirme Catherine Coudert, directrice de la Galerie Saint Laurent, plantée au cœur du marché aux Puces des Arnavaux dans le 15ème arrondissement de Marseille.

Au milieu des étales de vêtements et de bazar en tous genres, la Halles des Antiquaires accueille depuis 2013 cette galerie de 600m2 en rez-de-chaussée du bâtiment. « Je m’occupais des brocanteurs, en bas. Le métier était sur le déclin, avec toutes les foires, les vides-greniers, les sites de vente en ligne. Tout le monde fait de la brocante aujourd’hui », explique Catherine Coudert, épouse de l’unique propriétaire des Puces.

Peu disposée à laisser l’endroit dépérir, elle tente l’aventure de l’art contemporain. Le premier essai fait un flop. « C’est trop conceptuel, pas assez bon marché », souligne la patronne des lieux. Après un an mais elle met le holà, sans baisser les bras pour autant.

Stéphane de Calmels, ancien antiquaire passionné de Street Art, la rejoint. Il devient son commissaire d’exposition. Désormais, on parlera de tag, graff… Dans les pas de Marseille Provence 2013, capitale de la culture, les compères concoctent un nouveau projet. Le premier Marseille Street Art Show (MSAS) a lieu en 2014. Il accueille une trentaine d’artistes marseillais. L’année suivante, une fresque de 200m2 prend ses aises au quartier.

Depuis, les mètres carrés de murs transformés en toile vivante n’ont cessé d’augmenter. Ravalant la façade bétonnée du marché. Cette année les promoteurs ont choisi d’accueillir de jeunes européens. Parmi les douze sélectionnés, tous les courants du Street Art sont représentés : affichistes, calligraffitistes, pochoiristes, abstraits, figuratifs, sculpteurs…

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Les locaux qui ne sont pas en reste. Le globe-trotter marseillais Remy Uno a tendu un portrait sur le parking. Il y côtoie un paysage urbain du trentenaire Heng qui, après New York, s’offre un peu de largeur de toile sur les murs du marché.

Enfin, on peut également s’arrêter pour découvrir l’un des personnages sur toile de Dire 132, le Cristolien d’Aix en Provence,.

L’aventure du Marseille Street Art va donc bon train. Et n’est pas seule. En 2015, sous l’égide de l’association Juxtapoz, c’est l’ancienne école Saint Thomas d’Aquin, architecture du XVIIIème classée aux Monuments

Historiques, qui accueillait une quarantaine d’artistes pour son exposition Aux Tableaux ! Trois d’entre eux sont d’ailleurs présents, cette année, au MSAS. Alexandre d’Alessio, qui présentait l’installation « Walk the line », Olivia de Bona avec (« l’heure de la sieste ») et Matthieu Dagorn, alias Lapinthur pour son (« conseil de discipline »).

Catherine Coudert et Stéphane de Calmels peuvent donc se réjouir. Et s’il se trouve bien quelques ronchons pour faire observer que le Street Art n’a rien à faire à l’accueil du nouvel hôtel Golden Tulip Euromed (155€ la chambre, in english dans le texte), ça n’émeut guère la directrice. « Si le Street Art s’installe dans les rues, c’est pour investir tous les espaces de la ville et s’assurer une visibilité. Il appartient à chacun. Et il n’est pas inintéressant de vivre de son art. Libre à ceux qui se disent « vandal » de refuser la démarche », affirme-t-elle encore.

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Les commerçants des Puces plébiscitent le projet. Aucun tag malveillant n’est venu saboter les fresques qui offrent une image enfin positive d’un lieu souvent décrié. Il laisse entrevoir un bon moyen d’attirer le chaland… Particulièrement ces touristes fraîchement débarqués des bateaux de croisière dont l’embarcadère est à deux pas.

Le MSAS se construit progressivement. Une résidence d’artiste vient d’ouvrir à côté de la mosquée et une médiatrice culturelle assure visites et ateliers aux scolaires. Des envies de parcours urbains et de moments festifs sont dans les cartons. Avec 25 000 m2 de murs disponibles sur le site, les Marseillais n’ont pas fini d’en prendre plein les yeux. Et la culture bad boy de se tailler un joli costard.