T’AS VRAIMENT BONNE MINE

JETER, JETER… IL EN RESTERA TOUJOURS QUELQUE CHOSE. ET CE QUELQUE CHOSE, CE SONT LES MEUBLES, LES OBJETS DÉCORATIFS QUI SORTENT DE LA NOUVELLE MINE. LA RECYCLERIE ARTISTIQUE ET PARTICIPATIVE INSTALLÉE À GRÉASQUE, UNE ANCIENNE COMMUNE MINIÈRE AU NORD DE MARSEILLE…

« C’était un peu un rêve de gamine »… C’est ainsi qu’elle explique sa présence dans la Nouvelle Mine, la recyclerie qui a pris ses quartiers dans une ancienne graineterie de Gréasque, petite commune minière de l’arrière pays marseillais.

Passée par la culture avant de traverser la Manche et de s’installer à Londres, Linda Écalle emploie désormais ses talents à créer mobiliers et objets à partir de matériaux récupérés et recyclés.

JE N’AIMAIS PAS LONDRES

« Quand j’étais à Londres, j’ai participé à la création d’un lieu un peu similaire. Même si c’était plus un espace de travail commun pour des créateurs ». Bénévole, la jeune femme se démène pour contribuer au développement du lieu.

Linda Écalle
Linda Écalle, co-fondatrice de la Nouvelle Mine

« Seulement, je n’aimais pas Londres », sourit-elle malicieusement. « Du coup, je suis partie avant l’ouverture. Et puis, j’avais envie de revenir dans le sud ». Cette expérience passée, Linda tripatouille un peu, se projette et fait la rencontre de Vincent Bac.

Graphiste, il exerce ses talents sur le net où il fabrique des bannières pour une société de commerce en ligne. « Je faisais toute la pub.  Achetez… Achetez… Consommez… Consommez… » s’amuse-t-il. « Ça allait à l’encontre de mes valeurs. C’était vraiment débile. Je voyais tout ce qui se jetait. Une rayure sur un meuble ? On jette et on rachète. On consomme, on consomme… Pour être heureux. C’est la vision que j’en avais », poursuit-il.

Il commence par créer des objets pour le plaisir et pour tenter de redonner du sens à ce qu’il fait. « On sait que nos ressources ne sont pas inépuisables. On ne peut pas rester là, à ne rien faire. En se disant c’est comme ça. Ce lieu, c’était un peu une manière d’apporter ma pierre à l’édifice », affirme calmement Vincent Bac. Résultat de la rencontre et des cogitations, la Nouvelle Mine.

SENSIBILISER SANS ENNUYER

« Nous voulons sensibiliser les gens à l’écologie mais sans leur prendre la tête. En créant, ils se rendent compte qu’avec tout ce qui est jeté, on peut encore faire beaucoup de choses.

Vincent Bac
Vindent Bac, créateur de Tomorrow Design

Et puis, il y avait aussi, avec Linda, l’envie de créer un lieu de vie, ouvert au public. Et pas uniquement un lieu où l’on produit, où l’on fabrique… D’ajouter un lien social. », poursuit encore le jeune papa qui voulait montrer l’exemple à son fils.

Une dimension que sa partenaire reprend pleinement à son compte. « Personnellement, je pose beaucoup de questions en amont, aux gens qui suivent les ateliers. Je leur demande où va aller l’objet qu’ils veulent fabriquer. Je veux qu’ils me parlent de leurs envies, des histoires qu’ils veulent raconter à travers cet objet. », affirme encore Linda Écalle, bien campée sur ses vieilles chaussures de sécurité élimées.

Et l’expérience commence à prendre. « Au départ, les gens viennent un peu les mains dans les poches, précise Yan, le petit dernier de la bande. Nous les accompagnons pendant toute leur création ».
Si l’on vient à La Nouvelle Mine pour faire d’une  palette, la nouvelle table basse de son salon, on s’y arrête également pour tout ce que l’on y trouve d’autre. Une bibliothèque où l’on peut consulter tout un tas de bouquins, sources d’inspiration.  Un petit coin où se poser et boire un café.

TECHNOLOGIE ET SCIURES DE BOIS

La Mine
L’atelier des bois…

Et puis il y a le FavLab, la troisième pointe du trident associatif. « Après avoir modélisé leur projet sur ordinateur, les participants peuvent l’imprimer en 3D » s’amuse encore Yan.

La pointe de la technologie côtoie ainsi les sciures de bois et les chutes de tissu.

La petite bande ne manque pas d’idées. Ni de projets. « Nous allons recevoir une tapissière d’ameublement qui viendra nous former. Nous serons ses cobayes avant qu’elle ne s’occupe des ateliers couture. Je vois bien aussi des rapprochements avec La Varrape qui fait de l’aménagement de conteneurs  pour en faire des bureaux ou des logements d’urgence », confie encore Linda Écalle.

Alors bien sûr pour l’heure le lieu est petit au regard des projets que la fine équipe nourrit. Mais là encore, les idées ne manquent pas comme le précise encore Linda « pourquoi pas des Nouvelles Mines à côté de déchetteries? ».

Pourquoi pas, en effet. Les matériaux seraient récupérés à la source et se verraient offrir une nouvelle vie…

La Nouvelle Mine se veut ainsi un puit raisonné d’idées et d’actions où des rêves de gamine peuvent devenir réalité.

> reportage déhanché de
hicham kabbache & thierry dargent & marina méloua