C’est par ici qu’on rit

Le rire est le propre de l’Homme. Enfin, c’est ce qu’on dit. Alors, au Mesclun, on a voulu aller y voir de plus près. Et les pratiques pour se bidonner ne manquent pas. Petit voyage au pays de la gondole…

« Quand un enfant doit se faire enlever la moitié d’un poumon, notre travail à nous c’est de préparer l’intervention, de libérer les angoisses, de lui permettre de s’exprimer, de visualiser ce qui va lui arriver. Il doit être combatif, avoir toutes ses ressources au moment où il va partir au bloc pour ne pas trembler de peur et qu’on soit obligé de l’endormir bien en avance parce qu’il panique. C’est complètement différent d’un gamin qui part au bloc hyper motivé et qui a fait plein de petits dessins pour le chirurgien sur son corps qui disent « fais gaffe  ».

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Le rire permet aussi de mettre la maladie à distance.

Ancien sportif de haut niveau, Frédéric Sotteau a donc choisi d’accompagner ces enfants et de leur offrir un lieu à la hauteur de leur situation.

Tout commence en 2004, au service d’oncologie de l’hôpital marseillais de la Timone où le marin de 25 ans intervient bénévolement auprès d’enfants atteints de cancer. « Je leur lisais des histoires. Ils m’ont beaucoup sollicité. Les soignants se sont rendus compte que si on racontait une histoire à un enfant pendant un soin douloureux, il le vit complètement différemment » explique l’ancien champion.

« sourire est un processus éphémère »

Il créé alors l’association, sourire à la vie, baptisée ainsi par les deux  premières fillettes, Selma et Kosovare, avec lesquelles Frédéric Soutteau a travaillé.
Une partie de l’activité se déroule à l’hôpital. cependant, ce titulaire d’une licence éducation et motricité, sait que la sortie et la convalescence nécessitent autant d’attention.

C’est ce qui préside à la naissance d’un lieu unique en france : le phare des sourires. installé près du port de l’estaque, dans le 16e arrondissement de la cité phocéeenne, le paradis, comme l’appelle les enfants, a une vue imprenable sur la méditerranée.«Sourire est un proccessus éphémère. notre travail est de l’ancrer dans le long terme, comme la maladie. », affirme encore frédéric sotteau. pour y parvenir, les enfants participent à de nombreuses activités. suivis pendant une centaine de jours, ils naviguent sur le catamaran de l’association, s’adonnent à la danse…

« Ils se réapproprient ainsi la motricité de leur corps par le jeu. Le Phare est une étape essentielle durant laquelle ils se ressourcent, loin du stress hospitalier, des bruits du quartier et de l’angoisse familiale », poursuite encore le capitaine.

En maison de retraite également, le rire a fait ses preuves. Briser la routine, stimuler la mémoire, entrer en relation, sont les objectifs des comédiens de Nez en plus, à Gardanne.

Depuis deux ans, la compagnie intervient chaque mois dans un EHPAD d’Aix-en-Provence. « Une caresse sur la main, sur les cheveux, les yeux dans les yeux, un bisou, le contact physique est important », explique la clown Émilie Halley.

« Il y a des personnes âgées qui entrent dans le jeu du clown. Une rampe pour déambuler devient alors l’Everest et le papy un aventurier » s’amuse-t-elle. En décrochant ainsi du quotidien, on mobilise les patients, on titille leur imagination, leurs réactions…

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Éric Amoudrou, prof de rire…

Des réaction qu’Éric Amoudru, animateur du Yoga du Rire à Marseille, provoque. Formé par le créateur de la discipline en Inde, le Dr Madan Kataria, c’est aujourd’hui lui qui dispense son savoir auprès de ses futurs confrères. « Dans mon école, le rire n’a besoin ni de costume, ni de gag. On peut faire une séance quand on veut, où on veut, même seul. On peut rire à l’intérieur de soi, sans faire de bruit. Le rire est un outil disponible pour tout le monde », explique-t-il.
Regrouper des personnes d’âges, de milieux sociaux, de religions et de cultures différents est l’un des intérêts majeurs d’une séance. « Il y a beaucoup de manière d’être éloigné de quelqu’un. Là, on est proche de tout le monde, instantanément, sans s’en rendre compte » confie-t-il. « Dans certains exercices, il y a un contact physique où les gens se frottent. Le cerveau des participants est occupé à rire et personne ne se sent gêné ».

« les émotions sont bloquées »

Éric Amoudru propose également de rire de sujets qui ne sont pas forcément drôles. La réception d’une facture ou sa déclaration d’impôts. « Apprendre que l’on peut rire de situations qui normalement énervent ou attristent, c’est se positionner non pas comme une victime mais en être responsable et confiant » ajoute-t-il.

Corinne Cosseron, passée elle aussi, par le yoga du rire, est la confondatrice de l’Institut des sciences du bonheur.

Initiatrice d’une nouvelle discipline, la rigologie, elle aussi insiste sur les bénéfices de cette reprise en mains. «J’utilise toujours le Yoga du Rire. Mais au bout d’un moment, quand certaines personnes n’arrivaient plus à rire, c’est qu’on a des émotions bloquées. Avec la rigologie, on les débloque une par une ».

Elle intervient ainsi auprès de nombreux publics : scolaires, professionnels de la santé, mais aussi salariés des entreprises. « Je n’ai jamais eu à démarcher les entreprises, elles sont venues à moi. Au début, j’ai même refusé des propositions. Puis, je me suis rendue compte que ça faisait du bien aux gens » confie-t-elle.  « Notre fonction n’est pas juste de faire rigoler les salariés une heure. Il s’agit d’apprendre à respirer, à souffler, à s’enfermer aux toilettes trois minutes pour piétiner sa colère » explique la rigologue.
Insistant sur le fait que « les entreprises ont compris que c’était dans leur intérêt. Que des salariés épanouis étaient plus rentables ».

« les ressources humaines adorent… »

Après trois semaines de séances, les salariés voient s’éloigner le stress et constatent des résultats positifs, comme un meilleur engagement au travail.

La rigologue raconte encore :« Singapour abrite le Marina Bay Sands, le plus grand hôtel casino du monde. Il compte près de dix mille salariés parlant cinquante-trois langues.

Le rire, une tempête contagieuses
Le rire, une tempête contagieuses

On y communiquait par mails sans se comprendre. L’entreprise perdait de l’argent. Elle a fait appel à nos services. A la fin de nos interventions, des salariés ont chanté et dansé une chorégraphie à deux ou trois cent dans le hall de l’hôtel. Ils ont appris à se connaître, à mettre des smileys dans leurs mails, à sortir de leurs bureau pour se parler. Depuis, il y a moins de turn over. »

De tels résultats font du rire en entreprise un outil fort prisé par les ressources humaines.

« Faire rire, c’est oublier le stress et autoriser les salariés à utiliser leur humanité au bureau. Trop souvent, on attend des salariés qu’ils ne soient que des cerveaux. Les émotions sont taboues » conclue Corinne Cosseron.

Pourtant, le rire est une émotion positive. Il permet, parfois, de contenir celles qui le sont moins.

« Chez nous, insiste Frédéric Sotteau, les enfants se libèrent. En famille, ils jouent un rôle central. Tout repose sur eux. Quand ils vont mal, tout va mal. Alors au Phare des Sourires, on prend le relais. C’est aussi une véritable libération pour les parents qui peuvent se consacrer un peu plus à la fraterie. Ça permet aux enfants d’être eux-mêmes. De s’exprimer sans angoisser la famille ».

→Que se passe-t-il dans le corps lorsqu’on rit ?←

› Les échanges respiratoires se multiplient par trois : une meilleure oxygénation du sang et des tissus réduit l’acide lactique stocké dans les muscles et réduit la fatigue.
› Le taux de sérotonine augmente : le sommeil est plus rapide, profond et récupérateur.
› Des endorphines sont produites : agissant comme une morphine naturelle, elles augmente le seuil de tolérance à la douleur et réduisent les tensions musculaires.
› Le diaphragme se libère : il masse les viscères, permet un brassage hépatique et des voies biliaires, ce qui augmenterait le bon cholestérol et réduirait le mauvais.
› La glycémie diminue : des éventuels effets sur le diabète sont étudiés.
› Des anticorps sont produits : l’activité des lymphocytes T augmente ainsi que celle de l’immunoglobuline, ce qui renforcerait le système immunitaire jusqu’à 12h après une séance de rire.
› Le rythme cardiaque se ralentit après une courte stimulation : fortifierait le cœur.
› Libération d’adrénaline, réduction des hormones du stress, production de dopamine : baisse du stress et meilleur moral.
› › ›  Données issues du « petit guide du Yoga du rire » de l’Institut Français du YdR & Santé