Ben Mahi, l’adorable homme des neiges

Il est né en Algérie. Il a atterri à Marseille avec toute sa famille et rêvait d’aller vivre à Montreal depuis presque toujours. Bilan de cette rencontre : dans la vie, il est important de poursuivre ses rêves parce qu’on finit toujours par les attraper. À moins que ce ne soit eux qui nous attendent !

Bonjour Ben Mahi. Vous avez 26 ans. Vous êtes technicien de laboratoire  Et blogeur impénitent.Racontez nous un peu votre parcours. Comment êtes-vous arrivé à Marseille?
Je viens de Tlemcen, une petite ville en Algérie collée à la frontière avec le Maroc. On est arrivés en France en 2003 avec mes parents, mon frère et mes deux soeurs. J’avais 13 ans. Le meilleur ami de mon père vivait à Marseille et il l’avait un peu poussé à venir s’installer ici. Je ne vais pas rentrer dans les détails mais on a fui l’algérie. On ne pouvait plus rester la bas.

Mon père a obtenu un visa pour ma mère et nous. Il n’était valide que six mois. Nous avons déposé une demande d’asile. Nous avons reçu un récépissé de même durée. Puis un deuxième qui permettait de travailler… Mais ensuite ça s’arrête. Sans papier, des  tensions ont commencé à se ressentir. Même pour nous, les enfants.

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Ben Mahi, blogueur gourmand et nomade

Nos amis font des choses que nous n’avons pas le droit de faire. Il y a les moqueries aussi. Et le climat, en France, par rapport aux immigrés, aux sans papiers…Cétait stressant.

Mais alors, aujourd’hui, vous en êtes où avec tout ça?
Mon père nous a dit que nous allions en baver. Ça peut marcher du premier coup pour les papiers, comme ça peut ne pas marcher.

Il insistait sur le fait que la France allait vous donner des moyens et qu’en les prenant, nous pourrions réussir. On a tout fait pour lui donner raison. En 2007, ma grande soeur est rentrée à l’univeristé. Mon frère était bachelier. Mon autre sœur et moi avions eu nos brevets. Neuf mois après, on a eu notre première carte de résidence d’un an.

Puis, ma soeur et moi avons obtenu la nationalité française. Mes parents ont toujours une carte de résidents. Une fois vos études  terminées, vous avez travaillé comme technicien de laboratoire. Pourquoi avoir choisi cette filière ?

Quand j’ai passé mon brevet, on nous proposait de faire un stage de découverte. Je suis allé au lycée Marie Curie. J’étais plutôt attiré par la science et la biologie. C’est vraiment la filière qui me correspondait et je me suis régalé à travailler en laboratoire. C’est un monde qui m’attirait, me plaisait.

J’avais l’intime conviction que c’était là que je voulais être et que j’allais finir ma vie professionnelle dans des labos. Je voulais trouver des choses, des vaccins, des médicaments. Travailler dans la recherche.  J’étais passionnément attiré par ce milieu.

Vous êtes un passionné. Et où cela vous mène-t-il ?
C’est vrai. D’abord, j’adore manger. Et cette passion là a commencé à s’exprimer en terminale, avant le bac.

Ma meilleure amie s’est inscrite sur un réseau social. Personnellement, à ce moment là, je ne le sentais pas. J’avais le bac, le permis et dans ma tête, un rêve qui était là… Mais j’en parlerai plus tard. À mes yeux, c’était ça le plus important.

Finalement, cette amie me crée un compte et me dit de tester. Du coup, quand nous sortions, je faisais des vidéos. Quand ma mère cuisinait, je photographiais les plats et je postais tout ça sur le compte en question.

Au début, dix personnes me suivaient. Puis il y en a eu vingt, trente. Petit à petit, au niveau commentaires et engagements, ça prenait , comme on dit dans le langage digital.

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De la cuisine maternelle à celle des grands chefs, Ben continue son exploration passionnée et sentimentale

Grâce à ce réseau et au fait de sortir de plus en plus, c’est devenu clairement une passion. La passion, c’est se réveiller avec le sourire. Et ça, ça me faisait rire, sourire. J’avais plaisir à travailler mais pas autant qu’avant.

En 2014, la communauté qui me suivait à grimper à 10 000 abonnés. Tout seul, juste à poster des photos, à être présent sur le réseau social et à répondre aux gens.

Et vos abonnés alors ? Ce n’est pas un peu une vie par procuration de vous voir aller là où ils ne pourront peut-être jamais aller ?
C’est une communauté, on échange. En fait, je suis quelqu’un qui aime rencontrer les gens, virtuellement parlant ou dans un café. Par exemple en 2013, je voulais montrer que Marseille, ce n’est pas la saleté, les voleurs, les kalach. Ça n’est pas la mafia quoi !

Au culot, je suis allé voir des hôtels et des restaurants. Je leur ai proposé de s’associer à ma page. De leur apporter de la visibilité et eux, en retour, ils m’offraient une nuit d’hôtel, un repas, un petit déjeuner…

J’ai lancé un concours, j’ai eu 1200 participations en cinq jours. Deux Lyonnaises sont venues découvrir Marseille. Elles ont adoré.

Aujourd’hui, vous avez presque 80 000 « gourmands » qui  vous suivent. Vous êtes invités à manger, dormir, voyager…
Vous êtes devenu ce qu’on appelle dans le monde des réseaux sociaux, un influenceur.
Le milieu digital a changé, avec les réseaux sociaux. Ce nouveau statut d’influenceur, c’est le fait d’avoir plus de 50 000 d’abonnés ou de followers. Alors, on ne va pas toucher 50 000 personnes mais avec une photo à 1500 « like » et 30 commentaires, il y a peut-être cinq personnes qui iront manger dans le restaurant.

En fait, dans le milieu des blogs, plus on est suivi, plus ça peut vous amener des choses à faire. Ce n’est pas un travail parce qu’on n’est pas payés. Mais c’est une passion vraiment. Elle te fait vivre quelque chose de beau comme, par exemple, d’être invité à New-York !

Et alors, ce fameux rêve dont vous parliez ?
On va dire qu’il y a la passion et le rêve. Ce rêve date de mes dix ans. Avant même mon arrivée en France. Je regardais TV5 Monde en Algérie et je suis tombé sur un reportage sur le Quebec. Alors, inexplicablement, c’est comme une puce qui s’est implantée dans mon coeur

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Aujourd’hui, le petit rêveur de Temcen court les rues montréalaises

« Ben, ce sera ton pays. Tu iras vivre au Canada, plus spécialement au Quebec ». Et quand on est arrivé en France, j’ai dit à mes parents j’essaierais de me lancer, d’immigrer au Canada.

Dès lors, ce rêve ne m’a plus quitté. Je l’ai mis de côté.J’ai vécu. J’ai grandi. J’ai fini mes études et ensuite, je me suis attelé à constituer mon dossier de résidence permanente.

Je suis musulman, mais je l’ai envoyé au lendemain de Noël, le 26 décembre 2012. Je me disais, peut-être que le Père Noel va le choper et le ramener avec lui !

Et c’est alors que la magie de la vie réunit d’un coup votre passion et votre rêve. Une autre histoire incroyable non ?
La magie, des signes qui ne trompent pas ! En tout cas, fin 2015, grâce aux réseaux sociaux, je découvre un concours lancé par la ville de Montreal.

Pour son 375ème anniversaire en 2017, les Montréalais souhaitaient recruter un étranger qui deviendrait leur ambassadeur.Il devrait assister à toutes les festivités, vivre à Montreal et partager tout ça sur les réseaux sociaux.

J’ai participé à ce concours.Et après six mois d’attente, je l’ai gagné. Devant cent vingt six autres candidats. Le destin a fait que je ne pars pas en tant que résident mais en tant qu’ambassadeur de Montréal.

Les réseaux, la passion de la bouffe et cette communauté qui me suit depuis quatre ans… Tout a concourru à me faire gagner ce concours. Je pense que j’ai une bonne étoile au dessus de ma tête. Et si je n’avais pas cette communauté derrière moi,  je n’aurais pas réussi.

Ça a fait tellement le buzz sur les réseaux sociaux… C’était quelque chose d’énorme. J’en ai même pleuré. Rien que d’en parler j’en ai encore la chair de poule.

Du coup c’est un grand bouleversement. Comment ça se passe ? Le travail ? La famille ? Le départ ?
Je vais assister à tous les événements. C’est un vrai travail pour lequel je suis payé. Je suis logé dans un très bel appartement qui m’est offert. Et j’ai accès à toutes les festivités qui se dérouleront à Montréal en 2017.

Quitter ma famille, ça va être très dur. Mais bon, il faut vivre ses rêves. Il y aura une part de souffrance. Ils viendront me voir… Cest obligé ! Ils sont super contents et fiers. Moi, je le suis encore plus de pouvroir rendre ça à mes parents.

Là, pour moi, c’est le tapis rouge. Je verrais bien au fil de l’eau. Ça peut m’ouvrir beaucoup de portes si je fais du bon boulot. Parce qu’il suffit que je me rate, et on dira « c’était un très bon influenceur, mais là, il a fait n’importe quoi ».

Quelles leçons, quelles expériences, tirez-vous de ces 4 années ?
Ce que je retiens c’est qu’il ne faut, vraiment, jamais rien lâcher. D’ou que l’on vienne. Que l’on soit riche, pauvre, immigré, avec ou sans papiers. Peu importe. Si l’on croit en soi, il faut foncer. Et ne jamais lâcher. Toujours essayer pour ne pas avoir de regrets.

On me dit toujours que je suis quelqu’un de joyeux et d’heureux. Je crois que j’ai toujours eu de très bonnes personnes autour de moi parce que j’ai toujours essayé de pousser les gens à faire ce qu’ils voulaient.

Regardez d’ou je viens. Je n’ai jamais cessé d’y croire. Depuis ma plus tendre enfance, je veux vivre au Canada. Et voila, j’ai réussi. J’y suis.

Désormais, à chaque personne que je croiserai avec un projet : je vais lui dire « Vas-y… Fonce ! » Et pour convaincre, j’aurais mon histoire à raconter.

À la vox populi KRIS MARS&TD

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