« Whes Pride » entre Nation et République

À l’appel de familles de victimes de violences policières, habitants des quartiers populaires, organisations syndicales et associations antiracistes ont défilé le 19 mars dernier à Paris. Vu des rangs des «Pas Sans Nous Paca», un défilé joyeux et politique. Reportage.

8h41, gare Saint-Charles. Le confort du Ouigo a remplacé le bus bondé qui a déposé les militants venus des quartiers populaires de Marseille. Reste l’excitation de monter à la capitale et l’espoir de Fédoi, 22 ans, salariée d’EDF, que « tout se passe bien, tranquille ». Fédoi, Radoua, Nakia, Yassine, Abdel et Maeva répondent, entre potes et cousins, à l’appel de Pas Sans Nous Marseille, syndicat des quartiers populaires. Une réaction contre les bavures policières, mais aussi contre les violences sociales, économiques et médiatiques exercées sur les personnes issues de l’immigration.

Tous s’efforcent de ne pas être manichéens : « Certains policiers font bien leur travail. » Yassine, 19 ans, étudiant en STAPS, observe les forces de l’ordre depuis le stade Vélodrome. Il s’interroge : « Commettre un délit mérite-t-il de perdre un œil ? » Les discriminations, ils connaissent bien : une promotion attribuée à un novice, blanc, un poste qui échappe pour cause de voile, chacun a son anecdote. La campagne électorale ? « Une grosse blague », selon Maeva. « On devrait parler davantage des inégalités devant l’éducation, de ceux qui doivent travailler pour financer leurs études », précise la jeune femme, en formation d’assistante sociale. « Je voulais faire médecine, mais je n’avais pas les moyens de payer une écurie » ajoute Nakia.

H14-18, Nation-République. Jonction avec les Pas Sans Nous (PSN) de France. Autour, les drapeaux d’ATTAC, des NPA, MRAP, DAL, LDH, CGT, PCF, Solidaires, CNT et autres kurdes. Un groupe d’africains enfumés joue de percussions aléatoires : des migrants, de vieux militants, des jeunes dansent avec des parisiens solidaires et des mères de famille maghrébines. « Pas de justice ! Pas de paix ! » sera égosillé jusqu’à l’épuisement.

MANIFPour relancer les troupes, de gros ambianceurs de PSN Toulon mettent du son. Le rap remobilise, les jeunes hommes envoient deux ou trois « nique la police », mais surtout affichent à Paris la fierté d’être soi-même, l’énergie et l’humour des quartiers. Sur l’un d’entre eux, une pancarte « Qui sème la hagra [l’humiliation] récolte la colère ». Mais ce qu’on trouve ici, c’est un joyeux besoin de reconnaissance. Sous la gestuelle, on est poli. Le DAL monopolise le micro et déverse un discours exogène. On hausse un sourcil, on laisse faire. Les luttes convergent.

Arrivés à République, les PSN la ramènent moins. Le ciel s’est obscurci, un hélicoptère tourne, on entend des bruits de tirs et les yeux piquent. Les Marseillais, qui ignorent les pratiques des casseurs, s’interrogent. Sara, parisienne pour cause d’école de commerce, évacue illico sa mère, son voile, et ses pancartes. On ne verra pas de tribune dénonçnt les violences contre Théo, on s’occupe de se frayer un chemin vers une rare échappée de la place et on se disperse. Selon la police, nous fûmes 7 500. Selon nous, nous arrivâmes bien davantage.

Après 18 heures. Conférence de presse de PSN. « Depuis plus de 40 ans, les habitants des quartiers populaires subissent des politiques publiques qui aggravent les inégalités», dénonce son porte-parole. La coordination fait dix propositions aux candidats et leur demande de se positionner (Cf www.passansnous.org). Elle propose par exemple de revoir le recrutement des enseignants, de réinvestir une partie des bénéfices des entreprises dans les zones prioritaires ou d’ouvrir le CSA à une représentation des habitants.

Gare de Marne la Vallée, les PSN se ruent hors du RER A, se marchent dessus, il n’y a plus de collectif qui tienne. On attrape finalement le train. Installées, Radoua et Nakia disjonctent en mode Afrique profonde : parodie de négociations de dote et de M&M’s. On se fout de la gueule de ses anciens. C’est raciste, mais entre soi, on peut. Un 19 mars sous le signe d’une jeunesse multiculturelle, décomplexée, impertinente et hilarante. Pour une fois, on est rassuré sur l’avenir de la nation.

MARINA MÉLOUA

CETTE INTERVIEW EST RÉALISÉE EN PARTENARIAT AVEC LE RAVI