J’AI FAIM – 02

Manger est d’abord un besoin naturel. Pourtant, ça ne se limite pas à cette fonction. Souvent, ce qui arrive sur nos tables a une autre dimension. Culturelle, sociale, familiale. Ce sont ces territoires là, plus méconnus, que nous vous proposons de découvrir…
… Concoracontée par Marina Méloua

 On ne venait qu’à Noël et j’aimais bien ça. Je savais que j’allais trouver un petit sapin posé sur le buffet, des oeufs peints aux couleurs vives et une grand-mère plus large que haute. Je savais que mon grand-père me pincerait la joue quand il me verrait, un geste d’affection géorgien, sans doute.

vente-du-tchourtchkhela-2_J’irai faire un tour dans le jardin du petit pavillon. J’irai tout au fond voir l’enclos des poules, qui sentent si mauvais. Mon grand-père avait planté des arbres fuitiers, mais surtout, il avait récupéré des vignes géorgiennes. Qui n’est pas géorgien ne peut comprendre l’importance d’un tel trésor. Il n’allait pas jusqu’à faire du vin. En revanche, ma grand-mère savait bien comment les utiliser.

J’attendais le dessert avec impatience. Je savais bien ce que c’était. Du TCHOURTKHELA. Des tas de tchourtkhela alignés sur une assiette. Ils avaient un peu des têtes de saucissons. Ils en avaient tout à fait la couleur, mais rien à voir. J'AI FAIM…

Sur le brin de coton qu’on voyait dépasser à un bout, ma grand-mère avait enfilé des noisettes. Elle les avait trempées plusieurs fois dans une mixture épaisse à base de jus de raisin géorgien. Elle avait laissé sécher le tout, des tchourtkhela accrochés en file indienne, longtemps.

Noël, c’était la promesse de mordre dans la pâte de raisin élastique, de sentir le croquant des noisettes, de se coincer le fil de coton entre les dents.

 

COMMENT PRÉPARER LE TCHOURTCHKHÉLA

recette-0> Faire cuire du jus de raisin à feu doux
> Jeter petit à petit la farine, sans jamais cesser de remuer, jusqu’à obtention d’une pâte homogène ( 2 verres de farine pour 1 litre de jus).
> Faire bouillir 15 min tout en remuant.
> Tremper les noisettes enfilées sur du gros fil à coudre.
> Les retirer et les égoutter un peu.
> Attendre 15 min et répéter l’opération 2 ou 3 fois, jusqu’à ce que le tchourtchkhéla atteigne le diamètre désiré.

BON… à savoir

Riches en calories, pratiques à transporter, les tchourtchkhélas étaient l’ultime nourriture des guerriers géorgiens.

Ils servaient aussi de tétine aux bébés pendant les périodes de disette. Satisfaisant ainsi leurs besoins de succion. Et les nourrissant du même coup.

Les tchourtchkhélas sont inévistables sur la table du jour de l’An.

A l’ouest du pays, ils ornent l’arbre de Noël géorgien : le tchitchilaki. Ils possèdent un pouvoir mystérieux. Décrochés du sapin la nuit du Nouvel An, ils accomplissent tous nos vœux.